Rien ne va plus dans les cercles de jeux parisiens. Alors que plane au-dessus des deux derniers clubs de poker de la capitale l’ombre des casinos qui pourraient prochainement voir le jour à Paris, le Cercle Clichy Montmartre (CCM) de la rue de Clichy et le Club anglais du boulevard des Capucines (IXe) font figures de derniers des Mohicans.
En sursis, les deux établissements dont la licence a toute de même été reconduite jusqu’à la fin de l’année 2015 ont dû essuyer, non sans conséquences, la mise en œuvre d’un décret ministériel de décembre 2014, qui modifie considérablement, pour les employés des cercles, les conditions de l’octroi de l’agrément, pour l’organisation de jeux d’argent : au seul CCM, quatorze croupiers et salariés sont désormais privés de licence. Une mesure qui compromet non seulement leur emploi, mais également l’organisation des tournois de proker…
Certains voient là une volonté affichée d’« étouffer » les derniers établissements : « On accompagne à marche forcée la disparition des cercles, croit savoir un employé du secteur. Les clubs parisiens ont été fermés les uns après les autres, emportés par la tourmente judiciaire, et pour se débarrasser des derniers rescapés, le ministère de l’Intérieur a trouvé une parade avec les agréments… Les casinos peuvent s’installer tranquillement ! ».
Un rendez-vous à Matignon
La section Casinos et cercles de jeux de FO, qui a rendez-vous, ce mercredi, à Matignon pour évoquer le sujet, a déjà saisi le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve de la question du retrait des agréments… Mais, pour beaucoup, les dés sont jetés. Et l’impact des fermetures de cercles, considérable : on déplorerait la perte de 800 emplois dans la capitale.
« Il y a une réelle volonté de cadrer l’offre de jeux d’argent dans la capitale, souligne un croupier, mais aussi le regard insistant porté par la Ville vers la manne financière non négligeable qu’apporteront les futurs casinos. Alors que les cercles de jeux, régis par la loi de 1901, sont beaucoup moins rentables pour la collectivité ».
salariés payés en espèces, circulation de liquidités occultes sur lesquelles aucun droit de regard n’est exercé, blanchiment… Les cercles ont mauvaise réputation. « Il faudrait que leur statut soit revu. Qu’ils fonctionnent comme de véritables entreprises, admet Tirat, secrétaire fédéral FEC FO du personnel du casino d’Enghien, le seul d’Ile-de-France. Mais, tempère-t-il, il est incroyable que l’on fasse mine, en 2015, de découvrir une situation qui a toujours eu cours. Et lorsque les pouvoirs publics prétendent que le simple fait d’installer des casinos à Paris va permettre de clarifier la situation, c’est faux : non seulement les cercles de jeux clandestins continueront de prospérer, mais cela risque, en outre, de porter un coup fatal au casino d’Enghien et à ses 700 salariés, qui draine une importante clientèle parisienne.sans parler du renforcement du risque d’addiction au jeu et des phénomènes d’insécurité liés à ce type d’établissements ».
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Trois implantations dans la capitale ?
Mission confiée par le ministère de l’Intérieur à l’ancien préfet de région Jean-Pierre Duport : concocter un rapport sur la création d’une offre légale de jeux d’argent à Paris.
En clair, doit-on autoriser, quitte à modifier une loi de 1920 qui l’interdit, l’implantation de casinos dans la capitale ? La mission Duport, qui planche depuis le mois de février dernier sur la question devrait rendre ses préconisations dans une dizaine de jours.
Mais d’ores et déjà, quelques langues se délient, laissant entendre qu’un minimum de trois casinos pourraient voir le jour à Paris, d’où les cercles de jeux ont presque totalement disparu. Pour protéger les casinos d’Enghien, dans le Val-d’Oise, et de Forges-les-Eaux, en seine-Maritime, les établissements parisiens ne devraient pas être implantés dans le nord de Paris, ni à proximité de l’autoroute A 13.
sur la question, qui provoque déjà de nombreux remous, la Ville de Paris n’a pas affiché de position officielle, dans l’attente des conclusions de la mission Duport.
Mais, si le projet voyait le jour, il pourrait lui rapporter une manne annuelle plutôt conséquente de quelque 15 à 20 M€. Quoi qu’il en soit, le projet d’ouverture de ces établissements, qui devraient faire l’objet d’une délégation de service public, sera soumis au vote du Conseil de Paris.
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source : lepari
sien.fr/Cécile Beaulieu)