Jeune croupier, Nicolas* parcourt les casinos du monde entier pour exercer un métier peu commun. Son habileté et sa placidité l'ont conduit jusqu'à l'european poker tour de Paris.
Tout de noir vêtu, Nicolas* jure au milieu d’une tablée d’une dizaine de joueurs à la tenue davantage décontractée. Avec sa chemise impeccablement repassée et ses chaussures d’un cuir souple et brillant, le croupier présente une allure soignée de celle qui obéit aux règles inhérentes à ce milieu. ?? 27 ans, le jeune homme originaire de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) a déjà le comportement d’un vieux routard de la régulation des tables de poker. Impassible et concentré, il manie les cartes avec un rare talent. Assez pour attirer l’œil des recruteurs des meilleurs tournois du monde, comme l’european poker tour, un prestigieux événement qui se déroule en ce moment au palais des Congrès de Paris (17e). Découverte d’un métier peu commun.
L’EPT Paris, le « graal » pour les croupiers
Pour Nicolas, la sélection à l’EPT représente une occasion d’être placé sous les projecteurs. Fort de 20?000 inscriptions, de mises considérables pouvant atteindre 100?000 euros, et de ses 145 tables, et de 85 nationalités, ce tournoi de poker fait figure de référence. «?L’EPT Paris est le graal pour les croupiers. Il y a tous les milieux sociaux, de l’homme d’affaires au maraîcher, tous les niveaux, et une excellente ambiance?», explique pour actu Paris le directeur du tournoi Brian Benhambou, ancien joueur de poker professionnel.
Après un an d’absence lié à un défaut de cadre réglementaire des clubs de jeux, l’EPT Paris a fait son retour à la porte Maillot. Un lieu significatif dans la carrière de Nicolas. «?En 2024, j’ai eu Neymar (footballeur brésilien qui a joué au Paris Saint-Germain de 2017 à 2023, NDLR) à ma table. J’avais les mains qui suaient quand je l’ai vu arriver. Mais je suis parvenu à rester calme, c’était le plus important?», se remémore celui qui ne cache pas être supporter du PSG.
Pourtant, rien ne prédestinait l’habitant de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) à accéder aux tables les plus prestigieuses. Attiré par le métier d’éducateur spécialisé, il s’est détourné de ce chemin – découragé par les études – pour emprunter la route des jeux d’argent. «?J’ai beaucoup joué au poker, notamment durant le confinement?», explique-t-il. En lieu et place des mises, il a préféré épouser la fonction de croupier.
En voyage permanent et en décalé
Ce métier, exercé par quelques milliers de personnes en France, ne requiert pas de diplôme spécifique. En revanche, il jouit d’une réglementation stricte de la part du ministère de l’Intérieur. Un agrément est conféré aux croupiers, qui doivent présenter un casier judiciaire vierge. Des conditions remplies par Nicolas, qui a suivi deux mois de formation au printemps 2021.
Rapidement, le jeune homme s’est imposé par sa maîtrise de la distribution, sa constance et son sérieux.
"Il faut rester zen et faire le plus abstraction des sommes en jeu. Pour ma part, je fais de la cohérence cardiaque"
Nicolas*
Croupier à l'european poker tour de Paris
La gestion du stress apparaît primordiale dans un quotidien où l’instabilité géographique fait autorité.
De la République tchèque au Sénégal, en passant par le Maroc, Nicolas a déjà réalisé un périple conséquent. « Je voyage huit fois dans l’année, mais je suis jeune donc ça va ». Son métier l’assujettit également à un mode de vie en décalé. Souvent déployé le week-end, en horaires de journée ou de nuit, l’homme s’éprend, malgré les contraintes, de cette vie trépidante.
« Plus un jeu est propre, mieux les joueurs se sentent »
Sur le tapis, Nicolas doit également faire montre de prouesse pour mettre en scène la partie. « Il faut avoir les cartes parfaitement alignées. C’est la technique du slide (glisser en français) qui fait la différence. Plus un jeu est propre, mieux les joueurs se sentent. Et c’est d’autant plus important lorsqu’il y a les caméras », note-t-il.
De plus en plus médiatisé, mais aussi critiqué pour sa tendance addictologique, le poker ne cesse de progresser en France. D’après l’Autorité nationale des Jeux (ANJ), le bassin de joueurs a augmenté de 10?% en 2024 par rapport à 2023. En parallèle, le nombre de tournois a également crû. Une dynamique qui porte le secteur des jeux d’argent, pourvoyeur d’emplois.
De son côté, Baptiste n’a pas l’intention de quitter son travail. « Je me sens vraiment bien. Il y a plein de beaux projets à venir », martèle-t-il. A commencer par la fin de l’EPT, qui s’achève le dimanche 1er mars.
*Le prénom a été modifié
(source : actu.fr/Antoine Grotteria)